Aux arts et caetera

 

Interview

Doux provocateur des genres, Jean André dessine l’intime. Avec pour muse la femme, il réalise des œuvres au tracé séducteur, jouant sur un équilibre érotico-romantique. L’artiste aveyronnais, installé aujourd’hui sur Paris nous initie au « gentlewoman art » qu’il maitrise avec sa sensibilité souriante.

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Filles d’à côté

Girls

Je regarde la fumée de ma cigarette s’échapper doucement. Je ne la quitte pas des yeux. Je joue de ses courbes avec ma bouche. Dehors, il est tard, le temps est lourd. Lourd, lourd, lourd… Mon coeur pèse pas mal aussi. Je regarde la fumée de ma cigarette s’échapper doucement. Je ne la quitte pas des yeux. Je joue de ses courbes avec ma bouche. Je suis assise sur le balcon, je regarde la ville se lover dans une de ses premières soirées d’été. En fait, c’est celles que je préfère tu sais les nuits à la folie douce, aux peaux salées, aux rires dorés et aux verres trinqués. Je regarde la fumée de ma cigarette s’échapper doucement. Je ne la quitte pas des yeux. Je joue de ses courbes avec ma bouche. Regarde… Ces filles en bas, les trois juste en bas Rue du Maréchal là. Elles sont drôles tu trouves pas ? Moi elles m’amusent à rire sourire parler marcher creuser de leurs pas les derniers rayons de soleil pour en faire leur nuit . Chacune raconte son histoire, je crois qu’elles en ont une belle à raconter ensemble. Le rouge à lèvres, les jambes au vent, le top qu’elle lui a prêté, le texto qu’elle envoie, le rire qu’elle a déployé, les cheveux attachés, le parfum qu’elles lui ont offert, la chanson sur laquelle elle veut danser, les confidences qu’elles échangeront, le porte clé accroché à son trousseau, la coque de téléphone qu’elle vient d’acheter et ses chaussures neuves qui la font grimacer. Je regarde la fumée de ma cigarette s’échapper doucement. Je ne la quitte pas des yeux. Je joue de ses courbes avec ma bouche. Tu vois les deux grandes blondes ? Tu peux pas les louper, elles marchent en parodiant une chanson et entraînent la troisième fille, la plus petite. Elles rient encore, de rires qui ne trompent personne. Attends, tu entends ce qu’elles chantent ? Mais si… C’est un truc du genre « I’m outta love, set me free… nanana nanananaaaa » L’anglais est limité, le rythme saccadé et les voix un peu trop élevées. C’est assez perturbant ce mélange ne séduit pas mes oreilles mais mes lèvres sont là, étirés et fières jusqu’aux dernières dents. Tu me regardes. Non tu n’as pas l’air de comprendre. Mon sourire est tellement fier qu’il se montre plus gourmand. Je ris je ris fort. Je crois que c’est cette chanson… Cette chanson c’est elles tu trouves pas ? Elles semblent régner sur cette rue qu’elles traversent où chaque parole s’installe derrière elles. Pas à pas comme un écho. Je regarde la fumée de ma cigarette s’échapper doucement. Je ne la quitte pas des yeux. Je joue de ses courbes avec ma bouche. Dans sa frénésie, la blonde aux converses heurte un passant, juste en bas de mon balcon. « Pardon, je suis désolée » quatre mots qui suffisent à oublier ce interlude, et qui me fait oublier le temps tout court. Leur chemin continue, elles sont au coin de l’autre rue maintenant et doucement elles disparaissent. Elles ne sont plus qu’écho, mirage. Je regarde la fumée de ma cigarette s’échapper doucement. Je ne la quitte pas des yeux. Je joue de ses courbes avec ma bouche. Mon regard reste là, au coin de cette rue. Sur les pavés, leur chant résonne encore. Reviens, s’il te plait. Chante encore.

La ville

Histoire d'un balcon

Je regarde ma cigarette se consumer. La fumée s’étire langoureusement, fière, cambrée jusqu’au ciel. C’est tout un spectacle. C’est drôle, cette frénésie. C’est captivant. Mon regard se pose sur la ville, il rencontre ses lumières. Et ses gens. Je les devine, derrière les veines de bétons, sous cette nuit trop pressée. Ils sont peut être sous la douche, assouvis d’eau chaude, narguant de leur peau brûlante le froid dehors. Peut être qu’il lui raconte sa journée de travail mais qu’au fond elle n’écoute pas parce qu’il faut envoyer ce mail à tout prix avant 22h et qu’elle ne l’a pas fait puis aussi parce qu’elle n’en a rien a foutre de sa journée c’est pas qu’elle veut pas mais elle n’a pas envie bon sang regarde moi et parle moi d’amour déshabille moi là sur ce foutu fauteuil dans lequel tu racontes ta vie. Peut être qu’elle joue avec son frère elle rit fort parce qu’il est drôle quand il lui raconte des blagues de sa chambre en face mais il faut pas rire trop fort normalement c’est l’heure de dormir et papa et maman vont gronder. Peut être qu’il est sur cette terrasse, au milieu de cette foule d’étudiants fiévreux du jeudi soir il a froid il avait pas envie ce soir mais ils ont réussi à l’embarquer au final il la verra peut être, ah tiens elle est là ses yeux pétillent c’est pas lui qui lui fait ça il le sait c’est plutôt le rhum qu’elle a dans son verre mais bon elle lui parle il boit pour se réchauffer il boit ses paroles c’est bizarre ça rend plus ivre que l’alcool, parle encore et encore ne t’arrête pas. Peut-être qu’ils sont tous ensemble à discuter autour de cette table, elle est moche cette table, c’est un ami qui l’a passé à papa pour ses études « tiens elle est solide celle-là c’est du Formica ça revient à la mode le Formica c’est vintage puis tout revient de toute façon en tout cas c’est pas cette merde d’Ikea » mais elle aime ses marques, c’est un peu la confidente de tous ces moments passés, elle rit silencieusement de cette fois là si ils savaient.  Peut être qu’elle se demande si demain il va faire froid, elle hésite… Son pull cachemire ou son gros gilet en laine ? Elle choisit le cachemire. Peut être qu’il est seul aussi, qu’il fume sa cigarette comme moi, et qu’il se demande ce que font tous ces gens.

Les croissants

Petit déjeuner sucré

C’était entre deux rayons de soleil, un jour d’été. Dehors, les passants marchaient sur les trottoirs, funambules. Sous le soleil les filles portaient des jupes et les garçons dans leur short en lin émanaient d’effluves brûlantes. Sur chaque parcelle de peau nue venait se poser le fantasme de la chair.

Mais nous, on était encore au lit. Le soleil nous a doucement réveillé, fier et engagé. Depuis longtemps déjà, il perçait le rideau et se nichait dans la frontière abolie de nos corps. Le fraisier sur le balcon souriait au soleil et ton souffle caressait une mèche au-dessus de mon oreille. Les premiers bruits du jour jouaient leur mélodie, dehors. Dans la chambre, silence. Il y avait une mouette par la fenêtre, perchée sur son toit. Elle nous regardait, jalouse. Je commençais à m’étirer, charmée par cette ambiance onirique, quand tu as posé tes lèvres sur mon front. T’as dis mon nom, doucement. J’ai réussi à ouvrir une paupière, à tourner la tête. Tu me faisais de l’œil. J’avais les draps plissés au coin des yeux et ta chair, étincelante dans ce soleil déjà ardent. Doucement, tu as bougé, tu t’es relevé. Me saisissant les hanches, ton corps chaud à l’assaut du mien. J’ai essayé de me lever mais tu m’as repoussé, les deux mains sur mes épaules. Mais je ne voulais pas me laisser faire. J’avais faim de toi, c’était à moi de te bouffer.  Marquée de tes dents sur mon ventre, sur mes seins, au creux de mon cou, j’étais une esquisse illustrant ton repas d’hier soir. Tu m’avais savourée. Alors ce matin, j’allais te mordre jusqu’à ce que tu cèdes. Farouche, tu n’as rien voulu entendre, maintenant la pression de tes mains. Ton bassin valsait, une chorégraphie parfaitement maitrisée dans les sillons les plus profonds de ma chair.  Je t’ai mordu la main, plus fort. On s’est empreint, galvanisé, un beau tableau éclairé par les rayons d’un matin comme celui-là, transperçant la poussière comme tu as transpercé mon corps. Tu m’as tiré la tête en arrière, tes doigts dans mes cheveux, m’emportant avec toi dans l’eldorado de ta performance. Je cherchais mon souffle et le chemin vers ta bouche. Mon bassin frissonnait encore de la secousse. Tu m’as regardé enfin en caressant mes joues avec tes cheveux. Dans ton regard c’était la même électricité que t’avais mise dans tes mains juste un peu plus tôt pour m’empêcher de me relever. Mon tour, j’ai pas voulu te donner le privilège de mes lèvres glissant sur les tiennes,  je t’ai poussé et j’ai mis dans ma bouche chaque goutte de sueur qui habillaient ton ventre. Elle brillaient, précieuses, comme des perles. Je voulais m’en faire un collier. T’avais un goût de sel, d’envie, la décharge d’une drogue. Je suis descendue plus bas, j’ai glissé ma langue doucement sur ta matière brute, viscérale, sanguine. C’était Moïse qui engloutissait l’armée, le Titanic qui venait de sombrer. Ma langue flânait sur toi.. Il y avait dans la vague de ton corps la canicule de juillet et le tango d’une mer qui vient reprendre son souffle sur la côte. Ma main a glissé de ton cou à ton torse, j’ai poussé légèrement sur ton bassin qui voulait se cabrer. Tes cordes vocales sont venues ajouter quelques notes à ton souffle, je sentais tes muscles se tendre une décharge qui t’as saisi de tes cheveux en batailles jusqu’aux pieds. Je jouais du trombone avec toi, t’en saisissais la mélodie. J’ai cessé un moment, stoppant la vague de ton corps. Il ne restait plus que ton souffle entre toi et moi. J’ai écouté le plaisir de ton corps tendu, puis j’ai glissé toute ma volonté dans mes mains, savourant ton cri exalté. Ta main a appuyé sur ma tête comme si tu cherchais à me blottir en toi.

Le soleil est passé de l’autre côté. La mouette est toujours là, vicieuse. Dehors les passants continuent leur manège, les jupes et les shorts aussi. On a levé nos corps nus, avançant vers la douche en tassant la brume. T’as choisi l’eau froide, et j’ai regardé toute la sueur du bonheur glisser le long de ton corps et se défiler vers la bonde de la baignoire. T’as collé ton torse dans mon dos, et en glissant tes mains dans mes cheveux, tu t’es mis à chanter.